nous sommes le 23 décembre, dehors le ciel est un peu nuageux, il fait froid, toi et moi nous sommes installés devant l'écran d'ordinateur de mon bureau, dans mes oreilles raisonnent "Petit Papa Noël" de Tino Rossi que ton papa m'a adressé via facebook, et je pleure.
Je pleure parce que cette chanson m'évoque tous les hivers que j'ai passé...(et ton papa dira surement qu'il y en a un wagon d'hivers passés..), ces réveillons où maman me demandait de chanter cette chanson, comme un rituel, et alors pour lui faire plaisir, je l'ai longtemps chanté.
Je pleure parce que les fêtes de fin d'années sont synonymes de fraternité, de chaleur, de rassemblement de la famille autour de la naissance du petit Jésus (je te raconterai un peu toute cette histoire du petit Jésus, et aussi la légende du Père Noël); et quand je pense à ma famille, je pense tout d'abord à toi, à ton papa, à ta mamie avec qui nous allons réveillonner, mais je pense aussi à ton papy, Marcel, qui s'est en-volé le 23 septembre 1994, il avait 41 ans, j'en avais 15.
Sa disparition est une blessure dans mon coeur qui ne se referme pas, bien sûr je ne pleure presque plus lorsque j'évoque son souvenir, mais certaines périodes, certaines musiques, certains chiffres, des choses anodines de la vie me rappellent à sa mémoire, et même si je suis certaine de t'en parler de vive voix, je voudrais te raconter un peu qui il était, pas tout, parce que j'aurai des années pour te raconter ces anecdotes, même si c'est un exercice difficile à la veille de Noël, et avec toi dans mon ventre, parce que je suis du coup très très sensible...
Alors voilà...
Le petit Marcel est né à Toulon, le 23ème jour de janvier, en 1953, j'ignore s'il cria tout de suite lorsqu'il vint au monde, il était le plus plus petit de l'union de ton arrière grand-mère, Alberte et de ton arrière grand-père, André, union qui donna sept fruits avant que ton arrière grand père ne s'en vole alors que ton grand-père était tout juste âgé de quatre ans. De ce que je sais, la vie était difficile, aux lendemains de la seconde guerre mondiale, la France était sans doute appauvrie dans sa totalité, et la famille avec sept enfant ne roulait pas sur l'or.
En 1973, alors qu'il avait tout juste vingt ans, il rencontra ta Mamy, Brigitte, alors tout juste âgée de 17 ans; c'était une époque où on s'aimait très tôt je crois... et voilà que trois années plus tard, le 20 août 1976, tes grands parents étaient mariés. Trois ans plus tard, ils devenaient parents d'une petite fille, le 2 août 1979.
Marcel avait les cheveux blonds et bouclés, il avait des yeux d'un bleu profond, il avait un regard franc et pour mes yeux de petite fille, un regard impressionnant; ses épaules étaient larges, il n'était pas très grand, il était plutôt mince, il avait un large front et le nez long et droit. Il avait un sourire magnifique, ses yeux se sont ridés très tôt, des rides d'expressions qui se creusaient d'avantage à chaque fois qu'il souriait ou qu'il riait. Il était jovial, il aimait rire, il était un peu tête brulée, il était altruiste et protecteur, il aimait sa famille, intégralement. Il avait une ouverture d'esprit qui lui attirait beaucoup de sympathies, il était un papa hors-norme (mais en même temps, qu'est ce que la norme...), il écoutait toutes les musiques que j'écoutais, et inversement, je ne me souviens pas s'il avait peur de quelque chose, mais dans mes souvenirs il était si fort que je ne pense pas qu'il ait craint quelque chose. Le samedi et dimanche matin, il se levait aux aurores pour aller acheter le journal, le pain et le petit déjeuner, et mon dieu que j'aimais le regarder lire son journal tandis que je déjeunais silencieusement à côté de lui...
Ce qu'il m'évoque aujourd'hui, c'est la lisière d'un forêt au petit matin, pour l'avoir suivi tant de fois dans les bois à l'affût de champignons, aux premières lueurs du jour, comme si le champignon se levait de bonne heure, et même chose pour la pèche!
Les mois qui ont précédé son "en-vol", Francis Cabrel sorti son tube "je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai", chanson d'un père à son enfant; une fin d'après-midi, alors que je sortais pour aller me balader, ton grand-père s'arrêta sur le parking à coté de moi (il partait voir ses "équipes" parce qu'il était responsables d'agents), il baissa la fenêtre électrique de sa voiture et alors que je posais ma main sur le bord de la vitre, il écoutais cette chanson, il posa sa main sur mon poignet et me chanta à voix basse "ou mes doigts pris sur tes poignets, je t'aimais, je t'aime, et je t'aimerai".
Je sais pas comment terminer ce billet mon amour, je suis un peu trop émue je crois. Même si tut ça est triste, j'attache une grande importance à l'idée de te parler de lui, à ce que ton papa de parle de ton autre grand-père, parce que ces hommes avaient de grandes âmes, de bonnes âmes, et que leur sang coule à travers nous, a travers toi, et parce qu'ils t'auraient aimé très fort, parce qu'ils t'aiment surement très fort, de là où ils sont aujourd'hui.
Papy & Maman, Août 1979.

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