mardi 29 novembre 2011

Le 4 octobre, maman publiait...

Un texte... nous ne nous doutions pas même que tu étais déjà là... voilà, c'était pour toi : 

Le temps, ou tout cet espace que nous donnent les jours, les semaines, les mois et les années, à vivre des choses simples, des choses compliquées, à se heurter à la nature humaine, à s'émouvoir pour un homme, pour une femme, devant une œuvre. Tout ce temps, moi je le partage avec lui, chaque jour se lève sous le bleu de ses yeux, souvent, et bien qu'il bougonne d'avantage avec le temps, les journées sont rythmées par son enthousiasme, ses sourires, ses sifflements. Chaque journée, une paire de chaussettes s'étale illégalement au pied du lit, de son côté, faisant un affront direct à mon bac à linge sale, provoquant honteusement mes lombaires qui devront une fois encore plier face à son esprit rebelle, lui, ses chaussettes sales, il les mettra pas dans le bac à linge, que ce soit bien entendu, il ne flanchera pas.
Les jours passent, nous étions un flirt, puis amoureux, très vite, puis amants, fébriles mais conquérants. Les années passent, puis un jour d'automne, entre midi-et-deux, après un sandwich avalé en moins de temps qu'il n'aura fallu à le préparer, on cause mariage, vite fait, sans plus. Quelques jours plus tard, je rentre à l'appart à Domène, il fait froid, je suis glacée, l'embrayage de ma 205 pourrie m'a meurtri le bras, j'ouvre la porte, l'appartement est plongé dans une obscurité maîtrisée par des dizaines et des dizaines de bougies au sol, j'ai pas le temps de poser mon sac qu'il se tient devant moi et me demande d'être celle qui bougonnera près de lui jusqu'à la fin de sa vie… bon ok, il l'a pas formulé comme ça. Et pof, quelques séances de pâte à sel plus tard, nous voilà mariés.

Les années filent, dans l'inquiétude autour de la santé de maman, le tumulte des histoires de familles, l'incertitude professionnelle, le doute, parfois, souvent, de notre avenir, demeure sans faille, un amour dévorant, une cohésion, un humour commun, nos deux âmes d'enfant se mêlent, s'emmêlent joyeusement, face à l'adversité, face à cette vie d'adulte.
Et bam, la terre du milieu, c'est bien joli, mais on aimerais qu'il y ait d'avantage de petit hobbits dans nos vies, alors comme ça, vers la fin de l'été, on décide qu'on va arrêter de fumer, on envisage de devenir parents, chouette, ça fait peur mais on se sent assez solides pour s'en sortir. Et puis l'automne est là, la clope commence à être de l'histoire ancienne, pas sans mal ma pauvre dame, que j'en ai chié à tenir face à mes angoisses sans nicotine, putain. Octobre, on se lance dans les cochoncetés, c'est la fête, jusque la muselés, voilà qu'on s'accorde "droit" de se découvrir (notez que j'ai une formule moins poétique pour expliquer ces activités crapuleuses, hein). Je devine en novembre qu'un p'tit haricot pousse, je me sent plus forte que toute la terre entière, maman va être soignée, notre bébé pousse, j'ai le plus sexy des maris, on part en vacances, c'est le bonheur, intense, immense, c'est l'euphorie. De courte durée, hélas...

Là, c'est le départ, on a emprunté un chemin très accidenté, les pieds dans la boue, je suis souvent tombé, il m'a souvent relevée. Autour de nous, la famille, les amis, les copines, nous aident, nous tendent une main franche, font quelques pas avec nous, essaient de nous aider à trouver un moyen de nous accrocher solidement à un truc très fourbe qu'on appelle "espoir". L'espoir, qu'il est terrible celui-là, il est un peu comme la clope d'ailleurs, à moins qu'il provoque l'effet inverse, je sais pas. J'ai encore tellement mal d'espérer avoir un jour un enfant de l'homme que j'aime, mais je ne peut me défaire de cet espoir de fou, je n'essaie même pas d'imaginer que notre amour ne donne aucun fruit.

Nous voilà après quelques années, mari et femme, copain et copine, complices, amants, parents de deux âmes parties au ciel, enfants d'une tendre maman qui nous aime tous deux comme si nous étions nés de sa chair, membre d'une petite famille, d'un petit cocon chaleureux qui n'appartient qu'à nous, compris par quelques rares personnes ouvertes d'esprit, pour le reste du monde, j'avoue qu'on s'en fout un peu… mais nous voilà, à force du temps, très différents de ce que nous étions jadis… est-ce pour cela que la vie nous fait attendre encore et encore? pour que notre enfant, nos enfants aient des parents multitâches? non j'dis ça parce que finalement… le temps aidant, on a commencé à peaufiner nos connaissances, on a tenté de devenir "meilleurs", d'avancer dans notre vie sociale, professionnelle, d'approfondir notre culture, travailler nos éventuels talents, en attendant, histoire d'être prêts… on a même pris les devants en investissant dans une voiture familiale, alors maintenant… maintenant… comme j'aimerais passer à autre chose, ne plus pleurer en apprenant une nouvelle grossesse, ne plus rager au fond de moi à l'idée que certains ne mesurent pas la facilité avec laquelle se déroule leur vie. Certes, nous ne sommes pas à plaindre, mais enfin merde, on aura jamais rien eu "gratis" dans notre vie, mais on l'aura eu, quelque part, c'est encore un mauvais tour de Monsieur l'Espoir…

Maintenant, je voudrais avoir autre chose à raconter que mon spleen, que ma détresse, j'voudrais raconter mon émotion, ma peur, j'voudrais pouvoir parler comme celles qui en ont chié des ronds de chapeaux pour avoir un enfant, et dire, sereine, à d'autres "faut y croire, toujours, encore, toujours, encore, jusqu'à ce que l'heure soit venue. J'voudrais juste que tu vienne maintenant, que tu sois là, en bonne santé, en un seul morceau, qu'enfin ton père puisse te photographier sous tous les angles, parce qu'à la base, c'est pour ça qu'il a voulu commencer la photo. Que tu vienne nous aider à devenir adultes, à ranger l'appart, à être un peu moins geeks, que tu vienne nous alléger un peu notre sommeil, que tu vienne rendre ta grand-mère gagate, que tu vienne rendre ce monde un peu plus beau, que tu vienne balayer tout les cicatrices que la vie a dessiné sur nos cœurs, que tu sois là, juste là, et que ton papa arrête de balancer ses chaussettes sales au pied du lit.

1 commentaire:

  1. Petit bonjour à vous deux !
    Votre blog est absolument magnifique...
    Vous avez un don pour raconter, personnellement à certains moments de vos récits j'ai l'impression de me reconnaître.
    Pleins pleins de bonheur à votre petite famille.
    Et vous le dites si bien, TOUJOURS Y CROIRE !
    Gros bisous

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